- Message Poste le 11/04/2011 - 14:42:42
- De Björk à Mussorgsky, de Jeff Buckley à Napalm Death en
passant par Michael Nyman et Katatonia sans oublier Brel ou même Sophia. Je pense pouvoir revendiquer un certain éclectisme
dans mes goûts musicaux. Mais dans ma discothèque bien chargée, il est un genre musical auquel je reviens toujours, comme un
premier amour, comme une passion avec laquelle j'entretiens un lien indéfectible depuis maintenant une dizaine
d'années.
Comme certains d'entre vous le savent déjà, il s'agit du black metal dit "dépressif" aussi
vulgairement appelé "black metal suicidaire" ou DSBM pour "Depressive Suicidal Black Metal".
Né en
Scandinavie au milieu des années 90 et fortement inspiré par des formations comme Burzum et son excellent "Hvis Lyset Tar
Oss" ou encore Bethlehem et son "Dictius Te Necare", le black metal dépressif a connu ses lettres de noblesse
en Suède avec l'essor de formations comme Shining ou Silencer.
On est désormais loin d'un black metal atmosphèrique
étiquetté mélancolique. A L'image de leur musique, les membres fondateurs de ces formations affichant un CV résolument chargé
d'antécédents psychiatriques : schizophrénie, maniaco-dépression, tentatives de suicide, toxicomanie, mutilation, escrocs
notoires... Le malaise et les rumeurs se répandent rapidement autour de ces adolescents perturbés.
A l'instar de leurs
aînés, leur message ne se concentre plus sur un quelconque anticonformisme religieux ou sur l'adoration du mâlin, le mot
d'ordre de cette scène semblant être : négativité. Une négativité déclinée tantôt dans un appel à l'autodestruction, tantôt
dans la haine de sa propre condition; un questionnement permanent sur le sens de la vie, de l'homme en ce monde, la
déclaration musicale d'un mal-être intérieur insoutenable. Le tout se voit accompagné d'une propagande de mauvais goût :
t-shirts aux mentions "Kill Yourself" ou "I Oppose Life", des artworks montrant tantôt un bébé portant un
revolver à sa bouche, tantôt une scène de suicide par pendaison. Sur scène, l'automutilation est de rigueur. Certains groupes
allant jusqu'à distribuer des lames de rasoir à son audience.
L'atmosphère est pesante, sang, alcool et drogues se
confondent dans une incantation macabre.
D'un point de vue musical, Silencer exprimera davantage sa folie furieuse et
son metal aliéné dans un répertoire d'une extrême rapidité. Hypothermia, plus vicieux, joue davantage la carte du mid-tempo.
Il n'y a donc pas de règle, tout dépend le message véhiculé.
Question chant, on rencontre de tout également. Mais il est
un fait que le standard en la matière est illustré par un chant volontairement suraigu ponctué ci et là d'hurlements écorchés
ou de pleurs. En studio, ce dernier se voit accompagné de toutes sorte de rituels (mutilation, ébouillantement...) permettant
ainsi de générer l'angoisse et la souffrance retranscrites dans les paroles.
Quelques marques de fabriques en la présence
itérative de breaks acoustiques ainsi qu'en un jeu de basse très rond et chaud contrastant avec la froideur et la violence
acérée des guitares.
Aujourd'hui, comme dans bien des scènes, les groupes pullulent. Et comme souvent, le meilleur
cotoie le pire. L'extrêmisme black metal consistant souvent à défendre un manque de talent certain par une production
inaudible ou à revendiquer l'originalité par le minimalisme.
Mais il est des groupes aux qualités indéniables qui sont
passés maîtres dans l'art d'instaurer une atmosphère d'une oppression rare et dont la discographie s'avère être une
expérience auditive ultra excitante.
Voilà pourquoi j'ai ouvert ce topic, pour vous les présenter.
Après cette
indigeste introduction, je vous parlerai dans un premier temps de ceux que l'on peut qualifier, selon moi et avec un maximum
d'objectivité, comme les pionniers du genre, je veux évidemment parler de SHINING.
J'alimenterai ensuite régulièrement ce
topic des nombreuses autres formations que compte ma discothèque en la matière.

SHINING est l'oeuvre d'un seul et
unique homme : le suédois Niklas Olsson Kvarforth. Adopté par une famille de Halmstad, Niklas ne connaîtra jamais ses parents
biologiques et son status d'adopté restera à jamais une tare pour lui. Niklas est un enfant perturbé. Il recueille les
animaux morts sur le bord des autoroutes pour les disséquer, à l'image de son idole, le serial killer américain Jeffrey
Dahmer aussi appelé "cannibale de Milwaukee".
C'est à douze ans que Niklas Kvarforth envisage la musique comme
l'exutoire de son mal-être. En 1996, Shining était né.
Deux ans plus tard, afin de promouvoir son oeuvre, Kvarforth (qui
se fait alors appelé Wraith) crée Selbstmord Services. En mai 1998, paraît alors le EP "Submit to Selfdestruction"
seul disque sur lequel le chant se verra confié à un autre chanteur en la présence d'un dénommé Robert.

Dans un black metal très burzumien, à l'image des
deux albums qui suivront "I - Within Deep Dark Chambers" et "II - Livets Andhällplats" (en français : le
terminus de la vie), Kvarforth y partage ses interrogations sur le sens de la vie.
En 2002 paraît "III - Angst :
Självdestruktivitetens Emissarie" (Peur, émissaire de l'autodestruction) et "IV - The Eerie Cold".
La
musique de Shining a muri, s'éloignant fortement de Burzum pour emprunter la voie d'un black metal plus personnel,
extrêmement froid et dramatique. Le chant y est vicieux, tantôt caverneux, tantôt hurlé. Les ambiances y sont lourdes de
mal-être, tragiques et profondément mélancoliques.
Les thèmes abordés font écho à la souffrance du jeune homme et à son
incapacité à progresser, évoluer et se débarasser de son "affligeante
maladie".

A la même époque, Kvarforth connaît de nombreuses déboires. Sa femme le quitte, embarquant avec elle leur unique enfant.
Son label sombre dans d'étranges histoires d'escroqueries: de nombreux groupes se plaignent de n'avoir jamais touché
d'argent sur les ventes de leurs disques. Kvarforth coule le label et s'exile en Norvège où il rencontrera Maniac
(ex-chanteur de Mayhem). Après quelques internements dans divers hopitaux psychiatriques, le gaillard d'exploiter davantage
le succès grandissant de son groupe.
C'est alors que se profileront les premières tournées de Shining à travers l'Europe
et la signature avec le label français Osmose Productions pour la sortie en 2007 de "V - Halmstad" considéré par
beaucoup comme le meilleur album du
groupe.

Shining
s'éloigne peu à peu de ce black metal dépressif dont il refuse d'ailleurs de porter l'étiquette, proposant un metal
volontairement lourd aux accents bluesy hautement mélancoliques, nuancés ci et là par quelques notes de piano, de violon... La
musique de Shining se veut plus dans la nuance.
C'est au prix de nombreux efforts que le groupe sort petit à petit de
l'ombre et connaît une renommée internationale qui lui permettra de tourner auprès des plus grands : Mayhem, Satyricon ou
encore, plus récemment, Watain.
En 2009, paraît l'album "VI - Klagopsalmer" sur lequel Kvarforth confiera
l'écriture de deux chansons aux deux guitaristes de ce qu'il appelle désormais son "groupe" (à défaut de sa
"boîte à outils"
.
L'album se veut plus "expérimental", une sorte d'Halmstad plus technique, truffé
de soli et peut-être moins maladif que ses prédécesseurs.
En mai prochain sortira le septième album du groupe, intitulé
"VII - Född Forlorare", sur le label finlandais, Spinefarm. Kvarforth le dit plus sombre et dans la droite lignée de
ce qu'Halmstad a commencé. Shining s'y entoure encore une fois de personnes de choix en la présence d'Erik Danielsson
(Watain), Chris Amott (Arch Enemy) ou encore Peter Bjärgo (Arcana, Sophia).
C'est peut-être là une des qualités de son
leader, sa capacité à s'entourer des bonnes personnes.
Durant sa carrière, ce n'est rien de moins qu'Hellhammer
(Mayhem), Leere (Silencer), Ludwig Witt (Spiritual Beggars), Graby (Ondskapt), John Doe (Craft) ou encore Jarle Byberg
(Urgehal) qui se sont succédés à la batterie et à la
guitare.

Facebook :
http://www.facebook.com/#!/shiningofficial
Myspace : http://www.myspace.com/shininghalmstad
Metal-archives :
http://www.metal-archives.com/band.php?id=2256 - Morality is significant like sound in vacuum...
De Björk à Mussorgsky, de Jeff Buckley à Napalm Death en
passant par Michael Nyman et Katatonia sans oublier Brel ou même Sophia. Je pense pouvoir revendiquer un certain éclectisme
dans mes goûts musicaux. Mais dans ma discothèque bien chargée, il est un genre musical auquel je reviens toujours, comme un
premier amour, comme une passion avec laquelle j'entretiens un lien indéfectible depuis maintenant une dizaine
d'années.
Comme certains d'entre vous le savent déjà, il s'agit du black metal dit "dépressif" aussi
vulgairement appelé "black metal suicidaire" ou DSBM pour "Depressive Suicidal Black Metal".
Né en
Scandinavie au milieu des années 90 et fortement inspiré par des formations comme Burzum et son excellent "Hvis Lyset Tar
Oss" ou encore Bethlehem et son "Dictius Te Necare", le black metal dépressif a connu ses lettres de noblesse
en Suède avec l'essor de formations comme Shining ou Silencer.
On est désormais loin d'un black metal atmosphèrique
étiquetté mélancolique. A L'image de leur musique, les membres fondateurs de ces formations affichant un CV résolument chargé
d'antécédents psychiatriques : schizophrénie, maniaco-dépression, tentatives de suicide, toxicomanie, mutilation, escrocs
notoires... Le malaise et les rumeurs se répandent rapidement autour de ces adolescents perturbés.
A l'instar de leurs
aînés, leur message ne se concentre plus sur un quelconque anticonformisme religieux ou sur l'adoration du mâlin, le mot
d'ordre de cette scène semblant être : négativité. Une négativité déclinée tantôt dans un appel à l'autodestruction, tantôt
dans la haine de sa propre condition; un questionnement permanent sur le sens de la vie, de l'homme en ce monde, la
déclaration musicale d'un mal-être intérieur insoutenable. Le tout se voit accompagné d'une propagande de mauvais goût :
t-shirts aux mentions "Kill Yourself" ou "I Oppose Life", des artworks montrant tantôt un bébé portant un
revolver à sa bouche, tantôt une scène de suicide par pendaison. Sur scène, l'automutilation est de rigueur. Certains groupes
allant jusqu'à distribuer des lames de rasoir à son audience.
L'atmosphère est pesante, sang, alcool et drogues se
confondent dans une incantation macabre.
D'un point de vue musical, Silencer exprimera davantage sa folie furieuse et
son metal aliéné dans un répertoire d'une extrême rapidité. Hypothermia, plus vicieux, joue davantage la carte du mid-tempo.
Il n'y a donc pas de règle, tout dépend le message véhiculé.
Question chant, on rencontre de tout également. Mais il est
un fait que le standard en la matière est illustré par un chant volontairement suraigu ponctué ci et là d'hurlements écorchés
ou de pleurs. En studio, ce dernier se voit accompagné de toutes sorte de rituels (mutilation, ébouillantement...) permettant
ainsi de générer l'angoisse et la souffrance retranscrites dans les paroles.
Quelques marques de fabriques en la présence
itérative de breaks acoustiques ainsi qu'en un jeu de basse très rond et chaud contrastant avec la froideur et la violence
acérée des guitares.
Aujourd'hui, comme dans bien des scènes, les groupes pullulent. Et comme souvent, le meilleur
cotoie le pire. L'extrêmisme black metal consistant souvent à défendre un manque de talent certain par une production
inaudible ou à revendiquer l'originalité par le minimalisme.
Mais il est des groupes aux qualités indéniables qui sont
passés maîtres dans l'art d'instaurer une atmosphère d'une oppression rare et dont la discographie s'avère être une
expérience auditive ultra excitante.
Voilà pourquoi j'ai ouvert ce topic, pour vous les présenter.
Après cette
indigeste introduction, je vous parlerai dans un premier temps de ceux que l'on peut qualifier, selon moi et avec un maximum
d'objectivité, comme les pionniers du genre, je veux évidemment parler de SHINING.
J'alimenterai ensuite régulièrement ce
topic des nombreuses autres formations que compte ma discothèque en la matière.
[img]http://www.metal-archives.com/images/2/2/5/6/2256_logo.gif[/img]
SHINING est l'oeuvre d'un seul et
unique homme : le suédois Niklas Olsson Kvarforth. Adopté par une famille de Halmstad, Niklas ne connaîtra jamais ses parents
biologiques et son status d'adopté restera à jamais une tare pour lui. Niklas est un enfant perturbé. Il recueille les
animaux morts sur le bord des autoroutes pour les disséquer, à l'image de son idole, le serial killer américain Jeffrey
Dahmer aussi appelé "cannibale de Milwaukee".
C'est à douze ans que Niklas Kvarforth envisage la musique comme
l'exutoire de son mal-être. En 1996, Shining était né.
Deux ans plus tard, afin de promouvoir son oeuvre, Kvarforth (qui
se fait alors appelé Wraith) crée Selbstmord Services. En mai 1998, paraît alors le EP "Submit to Selfdestruction"
seul disque sur lequel le chant se verra confié à un autre chanteur en la présence d'un dénommé Robert.
[img]http://www.metal-archives.com/images/6/3/1/9/6319.jpg[/img]
Dans un black metal très burzumien, à l'image des
deux albums qui suivront "I - Within Deep Dark Chambers" et "II - Livets Andhällplats" (en français : le
terminus de la vie), Kvarforth y partage ses interrogations sur le sens de la vie.
En 2002 paraît "III - Angst :
Självdestruktivitetens Emissarie" (Peur, émissaire de l'autodestruction) et "IV - The Eerie Cold".
La
musique de Shining a muri, s'éloignant fortement de Burzum pour emprunter la voie d'un black metal plus personnel,
extrêmement froid et dramatique. Le chant y est vicieux, tantôt caverneux, tantôt hurlé. Les ambiances y sont lourdes de
mal-être, tragiques et profondément mélancoliques.
Les thèmes abordés font écho à la souffrance du jeune homme et à son
incapacité à progresser, évoluer et se débarasser de son "affligeante
maladie".
[img]http://2.bp.blogspot.com/_W7LzTzleFvU/S75GTaUUglI/AAAAAAAAARs/rCDB0BngI6w/s1600/kvarforth_mad.jpg[/img]
A la même époque, Kvarforth connaît de nombreuses déboires. Sa femme le quitte, embarquant avec elle leur unique enfant.
Son label sombre dans d'étranges histoires d'escroqueries: de nombreux groupes se plaignent de n'avoir jamais touché
d'argent sur les ventes de leurs disques. Kvarforth coule le label et s'exile en Norvège où il rencontrera Maniac
(ex-chanteur de Mayhem). Après quelques internements dans divers hopitaux psychiatriques, le gaillard d'exploiter davantage
le succès grandissant de son groupe.
C'est alors que se profileront les premières tournées de Shining à travers l'Europe
et la signature avec le label français Osmose Productions pour la sortie en 2007 de "V - Halmstad" considéré par
beaucoup comme le meilleur album du
groupe.
[img]http://www.postchrist.com/uploads/black_metal/covers/CD/c5fab7114e236be425f81d06acbed658.jpg[/img]
Shining
s'éloigne peu à peu de ce black metal dépressif dont il refuse d'ailleurs de porter l'étiquette, proposant un metal
volontairement lourd aux accents bluesy hautement mélancoliques, nuancés ci et là par quelques notes de piano, de violon... La
musique de Shining se veut plus dans la nuance.
C'est au prix de nombreux efforts que le groupe sort petit à petit de
l'ombre et connaît une renommée internationale qui lui permettra de tourner auprès des plus grands : Mayhem, Satyricon ou
encore, plus récemment, Watain.
En 2009, paraît l'album "VI - Klagopsalmer" sur lequel Kvarforth confiera
l'écriture de deux chansons aux deux guitaristes de ce qu'il appelle désormais son "groupe" (à défaut de sa
"boîte à outils").
L'album se veut plus "expérimental", une sorte d'Halmstad plus technique, truffé
de soli et peut-être moins maladif que ses prédécesseurs.
En mai prochain sortira le septième album du groupe, intitulé
"VII - Född Forlorare", sur le label finlandais, Spinefarm. Kvarforth le dit plus sombre et dans la droite lignée de
ce qu'Halmstad a commencé. Shining s'y entoure encore une fois de personnes de choix en la présence d'Erik Danielsson
(Watain), Chris Amott (Arch Enemy) ou encore Peter Bjärgo (Arcana, Sophia).
C'est peut-être là une des qualités de son
leader, sa capacité à s'entourer des bonnes personnes.
Durant sa carrière, ce n'est rien de moins qu'Hellhammer
(Mayhem), Leere (Silencer), Ludwig Witt (Spiritual Beggars), Graby (Ondskapt), John Doe (Craft) ou encore Jarle Byberg
(Urgehal) qui se sont succédés à la batterie et à la
guitare.
[img]http://www.metal-archives.com/images/2/2/5/6/2256_photo.jpg[/img]
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